De Daredevil à Defenders : Marvel à la sauce Netflix

L’inspiration est une chose étrange : alors que je reviens du festival Manga sur Loire, j’ai envie d’écrire sur l’univers Marvel Netflix…

Quand le projet Marvel Netflix a été révélé en 2013, il était question de développer sur la plateforme VOD des intrigues « street level » (aux enjeux ne dépassant pas un quartier, éventuellement une ville), pour faire ensuite rejoindre le Marvel Cinematic Universe (MCU) à ses protagonistes au cours d’Infinity War, la troisième aventure des Avengers. Où en sommes nous aujourd’hui, alors que la série Defenders (qui clôt le premier cycle de Netflix en réunissant tous ses héros) est débarquée au mois d’août dernier et avant le lancement de la série The Punisher au mois de novembre ?

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Le Démon de Hell’s Kitchen veille…

Quand Daredevil débarque sur les écrans de Netflix en avril 2015, c’est une véritable révélation pour moi : ambiance sombre, réalisation soignée, combats inspirés et casting impeccable, avec Charlie Cox qui fait oublier sans peine Ben Affleck et Vincent d’Onofrio qui campe un Wilson Fisk tout bonnement époustouflant, au point de voler la vedette au rôle titre dans mon cœur. Une telle réussite (à peine tempérée par une fin de saison moins maîtrisée) amenait tout de même son lot d’interrogations soucieuses : comment concilier ce ton résolument sérieux et celui plus léger du MCU, et surtout comment Netflix allait faire pour maintenir un tel standard de qualité au vu du rythme de sortie effréné annoncé (une série tous les six mois) ?

Malheureusement, les craintes soulevées se sont vérifiées dès Jessica Jones en novembre de la même année. Dans cet hommage au polar noir, l’anti-héroïne éponyme campée par Kristen Ritter boit et couche autant voire plus en un épisode qu’Iron Man en cinq films et le ton est résolument sérieux malgré le cynisme du personnage principal. Et bien que la série ne manque pas de qualités, surtout son antagoniste pervers et manipulateur campé par un David Tennant glaçant, elle connaît de sérieux problèmes de rythme (avec un ventre mou au milieu et un accélération brutale pour conclure) et n’arrive pas à convaincre dans l’action.

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Le bourbon n’est jamais loin de Jessica Jones

Quand arrive la saison 2 de Daredevil en mars 2016, mes craintes sont balayées… pendant une demi-saison. Le premier arc narratif oppose Matt physiquement et moralement avec le Punisher, un justicier violent qui sème les cadavres derrière lui (le côté obscur de Daredevil) incarné par un John Bernthal surprenant (sa prestation dans The Walking Dead m’avait laissé sceptique), avec le retour de Fisk qui éclabousse l’écran durant l’épisode où il apparaît. Puis vient la deuxième partie consacrée à Elektra et tout se complique : inégal et superficiel, ce segment pose le fil rouge de l’univers Netflix (l’affrontement contre la Main) en sacrifiant le développement des personnages.

Cette tendance se confirme avec Luke Cage, sorti en septembre 2016. Il faut dire que cette série ne partait pas sous de bons auspices : l’interprète du rôle-titre, Mike Colter, ne m’avait pas laissé une très bonne impression dans Jessica Jones et je le voyais difficilement porter le show sur ses (larges) épaules. Les showrunners ont fait le choix de miser sur une ambiance blaxploitation (courant culturel des années 70 mettant en avant la communauté afro-américaine) très réussie, surtout au niveau musical, au détriment de tout le reste. L’intrigue est poussive, la réalisation quelconque, l’antagoniste final caricatural et la résolution sans aucune saveur ni subtilité.

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J’espère que vous appréciez la mono-expression de Luke Cage

Iron Fist, débarqué en mars 2017, avait tout du projet bancal sur le papier : longtemps dans le flou autant au niveau de l’intrigue que du casting, je voyais mal comment un tel personnage haut en couleur pouvait s’intégrer harmonieusement dans un univers aussi terre-à-terre. Heureusement, l’organisation occulte La Main s’est invitée dans Daredevil et a servi de point d’entrée pour Danny Rand, interprété par Finn Jones (Loras Tyrell dans Game of Thrones). Pourtant rien ne fonctionne réellement dans la série, tantôt outrancière (mention spéciale à David Wenham, cabotin sans retenue), tantôt creuse (des combats interminables et ennuyeux) et toujours poussive…

Autant dire que j’attendais Defenders avec beaucoup d’appréhension : il me semblait illusoire d’espérer Avengers à la télévision vue la baisse de qualité constatée et le divorce d’avec le MCU. Il n’y a pas eu de surprise, bonne ou mauvaise, au mois d’août dernier. Bien que raccourci par rapport au format habituel (8 épisodes au lieu de 13), la réunion des héros Netflix est laborieuse et artificielle, peu développée et peu spectaculaire. Même si quelques aspects relèvent le niveau (le générique de début, le premier combat commun), le reste est tellement quelconque qu’on ne peut s’extasier devant ce pétard mouillé en lieu et place de feu d’artifice final.

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Réunis pour le meilleur ou pour le pire?

Que dire de l’univers Marvel / Netflix à l’issue de ce premier cycle ? Je pense que le champion de la VOD a eu des ambitions qui dépassaient de très loin ses capacités. Marvel Studios, en faisant miroiter un rapprochement avec le MCU, a poussé Netflix à proposer un rythme de production incompatible avec le maintien d’une qualité suffisante pour passer du petit au grand écran (Warner n’a pas fait la même erreur avec les univers DC télévision et cinéma, bien distincts). Mais au-delà des différences visuelles, la tonalité générale des séries (sombres et matures) ne correspond pas à celle de l’univers cinéma (consensuel et léger) et il aurait été compliqué de fédérer les deux publics sur un projet commun.

Maintenant que la séparation des deux univers est actée, on ne peut que souhaiter que Netflix prenne soin de son bébé sans vouloir aller trop vite. L’encombrante tutelle de Marvel Studios ayant disparu, pourquoi ne pas alléger le calendrier de sortie pour permettre à chaque série de se développer sereinement, peut-être moins d’épisodes pour une narration plus homogène (le plus gros défaut selon moi) et un long métrage pour la deuxième réunion des Defenders ? C’est tout le mal que je souhaite à Netflix, d’autant plus que la prochaine série sera consacrée au Punisher : j’ai vraiment apprécié le traitement du personnage dans la deuxième saison de Daredevil, une déconvenue de plus pourrait m’éloigner définitivement d’un projet qui n’a résolument pas donné sa pleine mesure. Il suffit de regarder les magnifiques génériques de chaque série pour se convaincre qu’il y a matière pour de belles choses

4 réflexions au sujet de « De Daredevil à Defenders : Marvel à la sauce Netflix »

  1. La séparation du MCU et du Marvel netflix, cela a été annoncé quand?

    De mon côté, je suis plutôt bon public. J’ai beaucoup aimé Daredevil et Jessica Jones. Luke cage m’a fait passer un bon moment; Il y a bien que Iron Fist que j’ai trouvé vraiment pas terrible.

    Les defenders, c’est pas l’orgie attendue, là aussi j’ai passé un bon moment de divertissement.

    Il ya d’autres personnages de prévus en adaptation à part Punisher (j’ai une pensée émue pour le Moon Knight de Dixon au début des années 90 en lutte avec son passé de mercenaire, qui avait sa traduction par semic)

    • Depuis le 31 Août 2015, Marvel Studio est passé sous le contrôle de Walt Disney Studio alors que Marvel Television est resté sous le giron de Marvel Entertainment, certainement suite à des désaccords entre Kevin Feige (PDG de Marvel Studio) et Isaac Perlmutter (PDG de Marvel Entertainment). Et le signe le plus flagrant de cette séparation est l’apparition de l’actrice Alfre Woodard dans la série Luke Cage et Captain America : Civil War la même année (2016) dans deux rôles différents.

      Même si le ton de l’article peut laisser penser que je suis dur avec les séries Marvel Netflix, disons que je suis juste déçu de la tournure des évènements. La barre a été placée tellement haut par Daredevil que le reste semble fade en comparaison, surtout Iron Fist. Les génériques de chaque série sont des notes d’intention magnifiques mais la promesse est rarement tenue. Espérons que le rythme s’apaise pour que la qualité arrête de baisser, ce serait déjà une bonne chose…

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