Au Comptoir Rôliste 03

Vous croyez être débarrassé de nous pendant les vacances ? Fuyez, pauvres fous…

Qui veut crever l’Ecran ?

avant-propos : cette chronique a été inspirée par une discussion sur le groupe Facebook Participant(e)s de jeu de rôle

L’un des outils les plus emblématiques des jeux de rôles dans leur forme traditionnelle (entendez par là avec un maître tout puissant qui préside aux destinées de… euh je m’égare là) est l’écran, paravent qui protège les secrets du meneur de jeu (MJ) des yeux indiscrets tout en lui fournissant des aides de jeux (plus ou moins) utiles et propose une jolie (ou pas) illustration aux joueurs pour les plonger dans l’ambiance (ou détourner leur attention des éléments essentiels qui se cachent derrière, que c’est vil et mesquin).

ecran cthulhu v6

Du mystère et pas de tentacules : une ambiance lovecraftienne réussie pour l’écran de l’Appel de Cthulhu v6

Pourquoi un tel instrument, hormis pour bien faire comprendre à ces cancrelats de joueurs qui est le patron qui sait tout, quand eux ne sont que des cafards rampant dans la fange (pourquoi me suis-je senti obligé de préciser ça)? Il faut savoir que le premier des jeux de rôles, Dungeons & Dragons (D&D pour les intimes), servait principalement à faire de l’exploration de donjons oubliés, truffés de pièges et de monstres à déjouer et à vaincre. En héritier des wargames (simulations militaires), D&D utilisait beaucoup des plans et figurines préparées à l’avance et l’écran permettait de préserver le mystère des embûches à venir.

Il faut également savoir que le créateur de D&D, Gary Gygax (Loué soit son Nom), a eu cette phrase mythique : « les dés ne servent qu’à faire du bruit derrière l’écran » . En bref, il faut parfois s’arranger avec le hasard pour obtenir l’effet que l’on recherche (tricher pour manipuler quoi) et le paravent cache ces menus arrangements. Et c’est assez paradoxal dans le sens où le MJ est censé être impartial dans l’opposition qu’il représente et être le garant des règles… Certains joueurs ne remettent pas en cause cette contradiction structurelle, d’autres la trouvent absolument rédhibitoire et cherchent à s’en affranchir.

ecran hawkmoon

Le premier écran dont l’illustration m’a totalement subjuguée, Hawkmoon v1

Alors on en fait quoi de ce symbole de l’omnipotence du meneur marionnettiste ? Ce que l’on veut en fait, du moment où tout le monde y trouve son compte. Me concernant, j’utilise l’écran pour l’immersion, avec des illustrations qui mettent les joueurs dans l’ambiance recherchée… et je me retrouve généralement avec un paravent qui n’est pas celui du jeu, voire une création de circonstance. Et bien souvent, il est nonchalamment posé sur le côté et ne cache pas grand-chose (rien à voir avec mon goût prononcé pour l’improvisation et les jeux narratifs, bien entendu…). En bref, plus un accessoire sympathique qu’un élément de jeu incontournable.

Il y a toutefois une situation où je cède à la tradition : quand je suis en partie de découverte, je me réfugie bien souvent derrière l’écran du jeu de rôle en cours pour être parfaitement identifié en tant que meneur du dit jeu. Je suis pourtant un grand promoteur des pratiques de jeu non traditionnelles mais j’estime devoir rester cohérent avec l’image que les non-pratiquants ont de ma passion (sauf s’il y a plein d’autres MJ dans les environs, auquel cas je me livre sans vergogne à ma propagande narrativiste). Et les chances de tomber sur des pisse-froids qui vont contester mes jets de dés à l’aveugle sont quand même réduites avec des néophytes.

écran ryuutama

Mignon et coloré, l’écran de Ryuutama illustre à merveille le ton du jeu

Tout ça pour dire que l’écran est un petit plus qui fait bien plaisir et peut avoir son utilité à l’occasion : tant mieux si j’en ai un mais je fais très bien sans (sans parler de mes pratiques déviantes de narration partagée). Et le paravent à trois volets au format paysage, c’est l’idéal car je peux mener assis (le confort, c’est important) tout en voyant le visage de mes joueurs (eh non, le rôliste n’est pas un nerd asocial… enfin pas toujours). Certes le couvert offert par ce format contre les lancers de dé vengeurs est moindre mais il y a toujours la solution armure de plates complètes pour ce genre de désagréments.

Et vous, vous en faites quoi de ce bout de carton ?

5 réflexions au sujet de « Au Comptoir Rôliste 03 »

  1. Comme je ne suis pas accro aux règles, pas accro aux donjs avec des plans à cacher aux joueurs, l’écran est pour moi un accessoire surtout décoratif et vecteur d’ambiance. j’ai maitrisé une campagne L5R axée sur l’outremonde car l’écran imposait ce choix :-), et quand il n’y en avait pas de bien, je faisais mes propres écrans (Raoul avec capsules de kro collées et des vrais tâches de biere, ou mutant chronicles avec moins de gros guns et plus de ruelles sombres).

    Le recto est indispensable pour moi pour me rappeler les règles que j’oublie trop vite. Même pour Night witches, je pense m’en faire un ou je reproduirais les aides de jeu qui sont en download.

    • J’avoue que le côté aide-mémoire peut être utile bien que la tendance actuelle me pousse vers les systèmes de jeu très léger que j’aurait bien du mal à oublier. Par contre il m’arrive de mettre des listes comme celles que l’on peut trouver dans les jeux du Grümph (http://legrumph.org/Terrier/), sources d’inspiration non négligeables pour les improvisateurs de l’extrême comme moi 😉

  2. Bonjour à tous, de retour dans le monde du jeu de rôle après avoir été cryogénisé pendant 15 ans, j’ai également tendance à faire tomber l’écran, en ce qu’il ne me cache plus des joueurs.
    Je trouve que cela me rend plus présent, plus à même d’interagir et plus en phase avec l’idée que je me fais maintenant du jeu de role.

    L’écran est posé nonchalamment sur le coté, pour l’immersion et pour la mise en jachère de mes aides de jeu cthuliennes. Il permet aussi de cacher mon téléphone qui envoie la playlist de circonstance vers les enceintes. Bref c’est décoratif.
    Ferais-je de même si je ne connaissais pas mes vieux joueurs (présents depuis nos premières parties d’Oeil Noir) ? Je n’en sais rien, peut-être mettrais-je aussi l’écran dans sa position originelle, pour ne pas casser tout de suite les codes classiques du JDR.

    Aussi, comment ne pas résister à l’envie de se rappeler de certains écrans ?
    L’écran d’Elric ou encore celui d’Hawkmoon. L’écran de Bloodlust ou celui de Berlin XVIII… Il y en a tant d’autres, fascinants, et rendus inoubliables par les heures de jeu passées à explorer le monde de l’imaginaire…

    Longue vie à votre site et particulièrement aux chroniques sur le jeu de rôle.

  3. Ping : Initiation au jeu de rôle, le (presque) bien-nommé | De Cape et de Dés

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.