Terraforming Mars, des astéroïdes pleins les yeux

La présentation de jeu de plateau n’est pas un exercice que je goûte particulièrement. Mais c’était sans compter sur l’un des succès de cette saison à l’asso…

Je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps : Terraforming Mars est pour moi une réussite éclatante qui mérite toutes les louanges à son sujet. C’est un cri du cœur mais je vous rassure, j’ai quelques raisons objectives de vous convaincre au sujet de ce très grand jeu. Qui n’est pas sans menus défauts d’ailleurs. Commençons par les « petits » sujets qui fâchent avant de se lancer dans l’idolâtrie la plus dégoulinante de favoritisme… euh je veux dire dans l’analyse impartiale de ce chef d’œuvre ludique.

Il ne faut pas se mentir, Terraforming Mars n’est pas au dessus de tout reproche, en particulier au niveau de son matériel. Le jeu repose sur la manipulation de très nombreux cubes tout mignons, très chatoyants… mais pas très gros et désespérément lisses. Ils sont disposés sur des plateaux de jeux sans encoches et glissent à la moindre occasion : prière de ne pas être maladroit, fatigué, éméché… au risque de mettre la partie en péril. Sans compter qu’on a vite fait de perdre ces petites pièces. Ce défaut saute tellement aux yeux que des fabricants proposent déjà de nouveaux plateaux et pions pour améliorer l’expérience de jeu.

Le deuxième défaut tient au gameplay du jeu : Terraforming Mars se présente comme un jeu de gestion de ressources… basé sur des cartes, toutes uniques et loin d’être équilibrées. Avec seulement quatre cartes supplémentaires par tour, payantes qui plus est, autant dire que le hasard pèse sur la partie. Les cartes permettant de piocher de manière régulière sont surpuissantes dans le format et la règle optionnelle de draft (chaque joueur choisit une carte dans sa pioche du tour puis donne le reliquat au joueur adjacent ; le processus se poursuit jusqu’à épuisement – NDLR), bien que limitant grandement les dégâts, ne règle pas tout.

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Des petits cubes glissants et des fiches lisses : ça sent le drame…

Maintenant, que le sujet des désagréments a été évacué, passons aux choses qui font plaisir. La thématique du jeu et son traitement sont certainement ce qui vous fera adorer Terraforming Mars : de puissantes corporations terriennes mettent leurs ressources financières et scientifiques en œuvre pour rendre la planète rouge vivable. Mais s’il est bien question de science-fiction (avec ses extrapolations artistiques d’usage), toutes les technologies évoquées semblent très familières et font écho à de véritables pistes de réflexion dans la conquête spatiale. Les auteurs se sont documentés suffisamment pour donner un côté authentique qui favorise l’immersion, donc l’adhésion.

Disons que vous ne vous sentez pas l’âme d’Elon Musk (industriel sud-africain qui s’est fixé pour objectif la colonisation de Mars – NDLR), le jeu peut-il vous satisfaire tout de même ? Serais-je en train d’écrire cet article dans le cas contraire ? Les mécanismes du jeu, par le biais des cartes, permettent des stratégies variées et renouvelées à chaque partie (le hasard n’a pas que des défauts). La variété est aussi apportée par les corporations, qui encouragent un style de jeu en donnant des bonus ciblés, et par les autres plateaux (disponibles dans les extensions) qui modifient les objectifs communs et les bonus de pose de tuile.

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Un des plateaux de l’extension Hellas & Elysium

La mécanique de Terraforming Mars en fait tout autant un jeu tactique qu’un jeu (plus ou moins) d’ambiance. Bien que les joueurs soient concurrents, il n’y a, à proprement parler, pas de confrontation directe (ce qui est cohérent avec la thématique : pas de terraformation possible en se tirant dans les pattes) et les coups bas seront le résultat de la manipulation de vos adversaires, du placement judicieux de vos tuiles et, lors de la phase de draft, de savants choix de cartes. Il est certes possible de jouer de manière très sérieuse et concentrée (le jeu reste excellent ainsi) mais il faut admettre que la « parlante » apporte une petite touche de fun bien agréable.

Au niveau visuel, c’est la sobriété et l’efficacité qui priment : le parti pris reste celui du réalisme et les illustrations ne cherchent pas à éblouir le joueur par des couleurs chatoyantes ou une maestria graphique. Cette simplicité affichée, qui crée une cohérence entre habillage et thématique, a aussi le mérite de rendre l’ensemble particulièrement lisible. Avec une telle richesse au niveau des règles, les plateaux et les carte contiennent beaucoup d’informations et une charte visuelle plus chargée aurait certainement posé des problèmes de compréhension et de localisation. Par un savant équilibre, Terraforming Mars n’est ni superficiel, ni aride et s’avère très fonctionnel.

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De magnifiques pions en 3D pour remplacer les tuiles de base

Je l’ai dit en introduction, je le répète en conclusion : Terraforming Mars est tout bonnement un incontournable pour peu que vous ne soyez pas réfractaires aux jeux longs et à une certaine dose de chance. La cohérence du jeu de Jacob Fryxelius ne peut que satisfaire les joueurs les plus exigeants et séduire un plus large public par sa touche de hasard et ses opportunités de négociation sauvage, lui évitant l’aridité des jeux de gestion plus traditionnels. Avec déjà deux extensions disponibles et une troisième prévue pour l’été, Terraforming Mars n’a pas fini de briller dans la galaxie des jeux de plateau. Qu’attendez-vous pour enfiler votre combinaison spatiale ?

Terraforming 05Terraforming Mars est un jeu de Jacob Fryxelius, illustré par Isaac Fryxelius et édité par FryxGames et Intrafin

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