KeyForge, retour magique ?

J’ai toujours aimé le format jeu de cartes à collectionner sauf la construction de paquet. Saint Richard a entendu mes prières…

Quand Magic l’Assemblée est lancé en 1993, nul ne pouvait imaginer que le jeu de Richard Garfield allait révolutionner le monde ludique en créant un genre à part entière : les jeux de cartes à collectionner, format toujours vivace tant au format physique que numérique. Bien qu’il ne se soit pas reposé sur ses lauriers entre temps (RoboRally, Netrunner, King of Tokyo, Bunny Kingdom…), Richard Garfield tente un nouveau pari 25 ans plus tard avec un jeu de cartes à paquets uniques non-modifiables : KeyForge.

KeyForge se présente sous la forme de paquets générés aléatoirement, composés de 37 cartes réparties en trois factions (parmi les sept disponibles) et une carte de référence. Toutes les cartes d’un même paquet sont marquées d’un même nom unique (lui aussi généré aléatoirement) ce qui interdit toute construction de jeu personnalisé. Ce dernier point peut refroidir les amateurs de deckbuilding mais limite grandement les dérives inflationnistes de la vente de cartes à l’unité.

Côté technique, Richard Garfield réussit un joli grand écart entre simplicité et profondeur, tout en limitant le côté aléatoire inhérent à ce style de jeu. En effet, aucune carte des paquets n’est une ressource nécessaire pour jouer d’autres cartes : on choisit une des trois faction de son jeu en début de tour et on ne joue que les cartes de la faction choisie, qu’elles soient dans la main ou sur la table. Un mauvais départ n’est donc plus synonyme de défaite assurée.

J’ai quasiment décrit tout le système dans le paragraphe précédent, à l’exception du combat et de la moisson, qui permet de récolter des Aombres (oui c’est moche comme terme) avec ses créatures, aombres qui servent à forger les fameuses clés du nom du jeu (key signifie clé en anglais, pour ceux qui ont dormis en LV1 ou LV2) : 6 aombres = 1 clé, 3 clés = victoire. Les clés étant forgées automatiquement en début de tour, l’adversaire à un tour pour siphonner les Aombres adverses, augmenter le coût des clés ou tout autre vilenie…

Une jolie boite de base mais bien trop chère… et sans les règles complètes !

Ajoutez le texte imprimé sur les cartes et on a fait le tour de la partie technique : admettez qu’il n’y a rien de sorcier pour les vieux routards et que les néophytes devraient s’y retrouver rapidement. Avec une taille de paquet somme toute modeste, on ne se noie pas sous les informations et chaque faction possède un style de jeu bien affirmé. La prise en main est facilitée même si les synergies ne sautent pas forcément aux yeux les moins affûtés.

Cet aspect « lecture de paquet » donne une saveur unique à KeyForge, plus encore en format scellé : chaque joueur découvre son jeu neuf en même temps avant de s’affronter dans la foulée. Les paquets étant construits aléatoirement, ce sont les qualités du joueur (et non de son portefeuille) qui seront mobilisées pour le conduire à la victoire. Entre joueurs de niveau équivalents, les parties me semblent assez équilibrées au final.

Je ne m’étendrais pas trop sur la direction artistique de l’ensemble, tant l’aspect visuel d’un jeu peut diviser (les goûts, les couleurs, tout ça tout ça…). A titre personnel, je trouve les cartes de KeyForge très lisibles, chaque faction possède une charte graphique identifiable au premier coup d’œil (ce qui est appréciable au regard des mécanismes de jeu) et la qualité technique des illustrateurs est très homogène.

Sept factions, sept styles de jeux, sept identités visuelles… mais trois seulement dans un paquet.

Pour faire court, KeyForge permet de retrouver toutes les sensations des jeux de cartes à collectionner sans les défauts habituels du format (prime à l’investissement financier, mauvais départ fatal…). Accessible, peu cher (sauf la boite de base qui ne contient même pas les règles complètes, disponibles uniquement sur le site de Fantasy Flight Games) et ludique grâce à la génération aléatoire de paquet unique, il met en avant les qualités du joueur à l’exception de la construction. Il ne plaira sans doute pas aux plus acharnés mais constitue une belle entrée en matière et un exercice rafraîchissant en format scellé. Curieux d’en savoir plus ? Voici une petite vidéo de la chaîne Keyforgeur qui vous expliquera bien mieux que moi les règles de ce jeu si plaisant.

Si j’ai tenu à vous parler de KeyForge cette semaine, c’est parce que j’aime ce jeu et absolument pas à cause du tournoi qui aura lieu lors du week-end jeu de l’association : ce serait assez malhonnête de ma part…

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