Indestructibles 2 vs Hotel Transylvanie 3, (non) duel au soleil

C’est la reprise pour le site ! Et pour bien lancer l’année ludique, je vous fais un petit article… cinéma : quel talent.

La canicule a rendu un fier service aux cinémas cet été : avec les températures écrasantes du mois de juillet, les salles climatisées étaient de véritables îlots de fraîcheur plus que bienvenus pour petits et grands. Les séances de l’été ont donc constitué de véritables bouffées d’oxygène (au sens le plus physique du terme) sans aucune considération pour la qualité des films proposés. Comme tout papa débordé qui se respecte, j’ai livré ma progéniture en offrande au dieu Animation pour le meilleur… et pour le pire. Deux suites, deux licences à succès, deux réalisateurs talentueux et deux résultats diamétralement opposés : il sera question aujourd’hui d’ Hôtel Transylvanie 3 et des Indestructibles 2.

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Un design sobre et efficace

Brad Bird et Genndy Tartakovsky sont deux artistes que j’affectionne particulièrement et qui partagent (selon moi) deux caractéristiques communes : virtuoses et (relativement) méconnus. Pour ce dernier point, ils subissent tous deux la malédiction du cinéma d’animation, sous-genre « réservé aux gosses et aux attardés » (je ne discute plus cinéma avec la personne responsable de cette citation) malgré le succès d’une partie de leur œuvre. Mais leur parcours sont très différents et la qualité de leurs derniers films s’en ressent.

Bien que tous deux aient commencé à la télévision, Brad Bird s’en affranchit rapidement pour le cinéma avec le magnifique Géant de Fer (1999) pendant que Genndy Tartakovsky enchaîne les réussites sur Cartoon Network avec Le Laboratoire de Dexter et les Super Nanas. Auréolés de ces succès, ils se verront confier de gros projets par Pixar et Lucasfilm, respectivement Les Indestructibles et Star Wars : Clones Wars (la première en animation classique). Mais là où Bird va s’affirmer comme le seul maître à bord de son projet dans une structure à son service, Tartakovsky démontrera sa capacité à magnifier un cahier des charges imposé.

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Belle illustration de ma sidération en salle…

Dès lors, Bird va continuer son parcours artistique sur le grand écran, y compris sur des films en prise de vue réelles (le très efficace Mission Impossible : Protocole Fantôme et le mal-aimé Tomorrowland) alors que Tartakovsky va poursuivre ses séries animées ad nauseam pour la télévision, avec de rares incursions au cinéma (storyboarder sur Iron Man 2, animation promotionnelle pour Priest), avant de rejoindre Sony Pictures Animation et de créer la lucrative franchise Hôtel Transylvanie, qui va se révéler une véritable prison. C’est à peine s’il parvient à offrir une conclusion à sa superbe série Samurai Jack

Les Indestructibles 2 et Hôtel Transylvanie 3 sont nés dans des contextes très difficiles pour leurs créateurs : Bird a connu un échec commercial retentissant avec Tomorrowland et Tartakovsky a quitté l’adaptation de Popeye pour « différents artistiques ». Mais dans un cas, on sent le projet porté avec passion et engagement par un artiste qui a eu les coudées franches, dans l’autre un produit de commande réalisé par un faiseur sans autre marge de manœuvre que celle concédée par ses producteurs. Aux portraits croisés dressés jusqu’ici, vous aurez sans doute compris lequel est une réussite éclatante et lequel est un ratage cuisant.

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Plus facile d’être super héros que super papa

Que vous dire de plus que le deuxième opus des Indestructibles est une réussite totale, avec pour seul faux-pas un twist scénaristique trop prévisible. Passé ce détail, vous pouvez y aller les yeux fermés : richesse thématique, technique impeccable, musique entraînante signée Michael Giacchino , rythme trépidant, mise en scène inventive… Bref du Pixar de haute volée comme on n’en avait plus vu depuis Toy Story 3, soit 8 longues années où surnage à peine Vice-versa (même si j’ai une tendresse particulière pour Car 3). Espérons pour Brad Bird que ce succès lui ouvrira de nouveau les portes du cinéma live.

Quant à Hôtel Transylvanie 3, on ne peut que constater le naufrage artistique d’une franchise qui n’avait déjà plus grand-chose à raconter dès le deuxième film. Passé un prologue assez plaisant sur l’opposition entre Dracula et Van Hellsing, on assiste ensuite à un empilement de « gags » sans aucune incidence sur une intrigue cousue de fil blanc. Même la réalisation de Tartakovsky, qui portait sur ses épaules la bonne tenue des opus précédents, n’arrive plus à nous sauver de l’ennui et à dissimuler la vacuité d’une telle entreprise. Pourtant le public est au rendez-vous (460 millions de $ de recettes mondiales pour 65 millions de budget) donc pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

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J’ai trop honte pour me montrer…

Pour la faire courte, jetez-vous sur Les Indestructibles 2 et oubliez Hôtel Transylvanie 3. A titre personnel, je suis heureux que Brad Bird ait réussi à rebondir après l’échec de Tomorrowland et peiné que Genndy Tartakovsky s’enfonce toujours plus dans une franchise où il gâche clairement son savoir-faire. Mais le public n’est pas étranger au destin de ces deux artistes : tant qu’il y aura du monde pour voir en salle leurs films respectifs, nous aurons droit à des pépites du Septième Art qui épanouissent leur réalisateur et des produits sans saveur qui broient leur pauvre géniteur, aussi talentueux soit-il…

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