Au Comptoir Rôliste 04

Pour le dernier article avant la pause estivale, je vais aborder un sujet qui fait du bruit sur les réseaux rôlistes.

X-Card, le shérif de la planète JdR (ou pas)¹

x card 01Sur les réseaux sociaux, les sujets qui mettent le feu aux poudres rôlistes ne manquent pas : meneur de jeu ou pas, chez soi ou en association, gratuit ou payant, traditionnel ou narrativiste… Mais il est des sujets qui rendent une certaine frange assez chatouilleuse, au point qu’elle monte au créneau avec virulence pour défendre sa dignité bafouée par la censure et la bien-pensance. Apparemment, les rôlistes constituent une communauté homogène, ouverte, où le sexisme, le racisme, l’homophobie et autres joyeusetés de notre société n’existent pas. Donc attention à ceux qui s’interrogent et proposent des outils pour des problèmes qui n’existent pas.

L’un des derniers chevaux de bataille de ces résistants aux Social Justice Warriors (ou SJW, insulte désignant les personnes qui osent vous faire remarquer que vous dites ou faites du caca) est la X-Card. Mais qu’est-ce donc la X-Card ? C’est un outil créé par John Stavropoulos qui permet à l’un des participants d’interrompre une scène dont la thématique lui cause un malaise psychologique. Bref un arrêt d’urgence quand une personne ne s’amuse plus (JEU de rôle, vous voyez la relation?). Sur le papier, un dispositif issu de réflexions autour de la sécurité affective et partagé avec la communauté comme un outil parmi d’autres. Inoffensif non ?

C’était sans compter sur nos vigilants rebelles qui crient à la dictature des SJW et de leur arme sournoise qui va museler leur liberté de pratiquer les jeux de rôles comme ils l’entendent, sans filtre ni tabou. D’ailleurs, pourquoi créer des problèmes là où il n’y en a pas ? Du haut de leur longue expérience (toujours la fameuse prime à l’ancienneté), ils n’ont JAMAIS vécu ou entendu parler de telles situations donc ils n’en ont pas besoin pour jouer. Ils connaissent bien leurs camarades de jeu, ils se disent tout, il n’y a JAMAIS de malaises entre eux. Je leur conseillerais bien d’aller lire le blog « Et pourtant, elles jouent ! » pour du malaise sexiste…

Rien ne dit si la X Card aurait aidé les joueuses qui témoignent sur ce blog. Mais le sexisme est bien réel…

Mais au fond, que dit la X-Card ? Je suis un outil, vous êtes libre de m’utiliser ou pas mais je veux avant tout attirer votre attention sur le bien-être des autres participants à votre table de jeu de rôle. Nous sommes réunis pour nous amuser, pas pour nous faire du mal et ceci est la responsabilité de tout le monde. Vous n’aurez peut-être jamais affaire à ce genre de situation (ce que je vous souhaite), vous ne m’utiliserez peut-être jamais mais j’espère que vous serez plus vigilants à ces problématiques et que vous agirez en conséquence. Ceux qui me prêtent de funestes intentions politiquement correctes oublient que je ne suis qu’un moyen, pas une fin.

Alors on prend une grande inspiration et on se détend : la X-Card ne va pas détruire votre jeu de rôle. Déjà qu’il n’existe aucune obligation de l’inclure à votre pratique, le seul risque que vous prenez c’est de rendre vos parties plus agréables et sécurisantes en annonçant clairement aux autres participants que vous êtes sensibilisés à cette problématique et que vous les invitez à faire de même. C’est ce genre de démarche qui va sortir notre passion commune de la niche qu’elle occupe pour s’épanouir au grand jour : nous, pratiquants, connaissons les limites des jeux de rôles et avons réfléchi à des solutions pour rendre l’expérience amusante pour tous.

A moins que vous ne préfériez continuer de pratiquer un loisir « rebelle» à la réputation sulfureuse, auquel cas je vous souhaite bonne continuation et amusez-vous bien dans vos petits cercles. Prenez garde toutefois : votre attitude qui véhicule tous les clichés dévalorisants sur les jeux de rôle et les rôlistes fait bien plus de mal selon moi que toutes les X-Cards du monde.

La magnifique X Card créée par Axelle Bouet pour son jeu, Les Chants de Loss

¹ référence à une vieille série tokusatsu, X-Or le shérif de l’espace – NDLR

Crédits & Référence sur internet :

  1. article La Carte X par John Stavropoulos, traduit en français par le site PTGPTB.fr
  2. blog participatif Et Pourtant, Elles Jouent ! sur le sexisme dans et autour du jeu de rôle
  3. article La Carte X des Chants de Loss par Axelle Bouet

9 réflexions au sujet de « Au Comptoir Rôliste 04 »

  1. … un jeu « rebelle » 🙂 Que tu achètes néanmoins en version deluxe le prix des courses du mois 🙂
    Merci pour cet article! Comme pour chaque aspect des initiatives en rapport avec le respect de son prochain ou sa prochaine, je trouve pour ma part que l’on ne fera jamais assez de promo, d’autant plus que la mentalité du rôliste moyen évolue à un rythme géologique. Je me tiens pourtant loin de cette minuscule communauté, mais c’est régulièrement que durant mes sessions-découvertes, j’ai droit à quelques déçus ayant expérimentés avec des groupes de rôlistes et pour les plus chanceux, et chanceuses malheureusement, ayant juste passé une soirée dans un coin. Heureusement que le loisir évolue, que des adultes matures font le job, aussi bien en développant de nouveaux concepts, ou tout simplement comme avec cette carte, en faisant attention aux autres. Je suis triste en lisant les articles de « et pourtant elles jouent », j’entends parler de ce genre de comportements honteux dans le loisir du jeu de société, et même si je ne le vis pas, certaines réflexions un peu macho sont surveillées, gentiment, car j’imagine que les gros soucis débutent par une accumulation de petites vannes gentillettes. Bref, la X carte est une très bonne idée, qui une fois mise en place, même si elle n’est jamais employée, peux très bien ouvrir le dialogue sur des sujets sensibles. Rien que ça, c’est déjà super.

    • Merci pour ton commentaire. Le pire dans cette histoire, c’est que la minorité bruyante, quand elle ne s’effarouche pas, se moque ostensiblement de ce genre d’initiative pour la tourner en ridicule. Bref ça rame comme des soutiers pour faire bouger les choses et des gros réacs font capoter toute initiative qui toucherait à « leur » jeu de rôle. Le chemin vers la maturité du medium est amorcé mais il est pavé de nombreuses peaux de bananes…

  2. Tu connais mon avis sur les personnes qui confondent la lutte contre l’homophobie, le sexisme etc. et la dictature de la pensée unique. Tu connais aussi mon écœurement profond sur l’aspect « la fin justifie tous les moyens » et le manque de respect des principes de liberté et d’égalité que j’enseigne au quotidien.
    Malgré cela, je ne vois pas pourquoi il y a matière à débat ici : comme tu l’indiques, il s’agit d’un outil pour s’assurer que sa table se sente bien. Je pense même qu’il s’agit du rôle du MJ de s’assurer qu’il n’y a pas de personne en détresse tout comme c’est le rôle des orgas de murder. Bref, du bon sens en somme ! L’opposition bête, peu importe son sens, est vraiment l’inverse du progrès. Le safe word, la X card, ou simplement parler du fait que si ça ne va pas, on peut venir le dire = la base de tout jeu !

    • Et si c’est le meneur/organisateur qui ressent un malaise parce que ses joueurs partent en live ? La responsabilité de la sécurité affective est celle de tous les participants nécessite une acceptation unanime. Et ceux qui se battent avec virulence contre la carte X ne luttent pas seulement contre l’outil mais nient aussi l’existence du problème. Ce qui est le préalable à toute démarche de prévention.

      • J’ai un doute sur si ma réponse a été envoyée ou pas. Dans le doute, je recommence, à charge pour les modérateurs de modérer le doublon (:P).

        Je disais donc, Som : pour moi il n’y a pas matière à débat = mes propos s’appliquent aux MJ comme aux joueurs. J’ai juste présupposé que les refus venaient plus des MJ.

        • Non, c’est même plutôt l’inverse. Les joueurs se plaignent de se faire « censurer » et que ça donnerait plus de boulot au meneur, alors que c’est majoritairement des meneurs qui essayent d’introduire la X Card aux tables de jeu. Ce qui me laisse à penser qu’ils sont prêts à rebondir comme ils le feraient pour des joueurs qui dynamiteraient leur scénario. Bref, on pense à ce « pauvre MJ » mais pas aux autres joueurs : empathie à plusieurs vitesses 😉 ?

  3. Comment peut-on entendre le refus de la X-card …Si l’on passe l’argument propre à l’immersion, est-ce que ce n’est pas une manière de revendiquer une sorte de personnalisation individuel du jeu ? Notre cher révolté qui refuse l’utilisation ce dispositif ne s’acharne-t-il pas à marginaliser, à rendre ridicule les individus sensibles et en même temps ne demande-t-il pas un scénario centré sur lui-même ? Parce que par son attitude, s’il nie les sentiments d’autrui, il réclame peut-être un jeu qui viendrait chatouiller ses propres limites.

    « L’utilisation d’une X Card est un marqueur d’égoïsme remarquable. Déjà, c’est une manière d’imposer sa volonté sans souffrir la contradiction puisqu’il n’y a même pas besoin de se justifier. Ensuite, cela rajoute du poids sur les épaules du MJ qui sont déjà bien chargées. Chaque fois qu’il va introduire une scène, il va se demander si elle va passer ou si elle va être censurée et cela va logiquement conduire à un phénomène bien connu du politiquement correct et des sociétés crypto totalitaires qui vont avec : celui de l’auto-censure et de la pasteurisation des saveurs. […] Que faire face à un adulte se disant traumatisé au point de ne pouvoir supporter l’évocation d’une situation imaginaire dans un cadre ludique et qui demande à être traité comme un petit enfant ? » (L’Ecclésiaste _ Umac Comics & Pop Culture)

    J’ai eu l’impression en lisant L’Ecclésiaste qu’il parlait de la X-card comme d’une arme, un moyen dont useraient les joueurs pour perturber le scénario contre le MJ. Il évoque ce dispositif avec la peur de qu’il soit absurdement utilisé. Si c’est bien le cas, si c’est c’est bien de la peur qui anime le débat contre la X-card : l’angoisse de ne plus rien ressentir, de la censure, de l’affaiblissement, de l’amollissement du jeu, pour un triomphe d’un scénario lissé, prévisible, fade et morne…
    Le MJ serait-il capable d’impérieuses surprises, de leurs offrir une expérience hors de leurs zones de conforts, avec la X-card ? Faut-il considérer la violence, la peine que certains joueurs peuvent ressentir comme nécessaire, et même, fondamentale d’un jdr ?

    • Merci pour ton commentaire, je vois que le même article nous a fait réagir.

      Outre le fait de transformer un bout de papier en arme oppressive, il se permet de plaindre le pauvre MJ surchargé pour justifier sa pauvre croisade. Au-delà du fait que ce sont souvent les meneurs qui apportent cet outil à table (il semblerait que les MJ surchargé pensent au bien-être de leurs joueurs à la table), je pense que cet anarchiste ludique autoproclamé a dû dynamiter plus d’un scénario au nom de sa sacro-sainte liberté chérie, sans aucune considération pour le meneur surchargé qui avait préparé son scénario avec amour et application et qui n’avait pas prévu de gérer ses facéties (ou les autres joueurs qui les subissent mais il est évident qu’il s’en moque comme de sa première couche-culotte).

      Bref, dire « moi ma gueule » à longueur de paragraphe et se soucier du « pauvre MJ » ressemble furieusement à de la pseudo empathie rhétorique.

  4. Ping : X-Card, bienveillance et évolution - GNafron

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