Alignement et culture populaire 01

L’objet de cette série d’articles est de tenter d’analyser l’alignement de certaines icônes du cinéma ou de la littérature. Au final la question reste : ce personnage serait-il jouable en partie de jeux de rôle ?

Avant-propos du rédacteur en chef : Eric partage avec vous le premier d’une série d’articles qui utilise le concept d’alignement, sans le définir pour autant. Je vais donc essayer de le faire de manière simple et efficace. Dans le jeu de rôle Dungeons&Dragons (le premier, le plus nommément connu et certainement le plus pratiqué au monde), il existe un système pour situer les individus, les populations, les sociétés… par rapport à la loi (loyal, neutre et chaotique) et à la morale (bon, neutre ou mauvais), en combinant les nuances de ces deux aspects dans un grille de lecture à neuf composantes, allant de loyal-bon à chaotique-mauvais.

Hannibal Lecter

Charmant sourire, n’est-ce pas ?

Méchant par excellence… et pourtant on s’y attache. Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) est un fou mais un fou d’une intelligence rare. Le premier film sorti où il apparaît, le Silence de Agneaux (Jonathan Demme, 1991) (raté, il est incarné pour la première fois à l’écran par Brian Cox dans l’excellent Manhunter de Michael Mann en 1887, soit 4 ans avant – NDLR), présente la particularité que l’héroïne a besoin de lui. Et c’est au fur et à mesure de leurs entretiens qu’il dévoile les secrets du tueur. Mais Clarice Starling (Jodie Foster) n’en sort pas indemne…. Il exige d’elle qu’elle se confie à lui, se transformant en quelque sorte en psychanalyste malsain. Mais quelles sont ses réelles intentions ? Au départ, il est aisé d’imaginer qu’il se joue du FBI mais rapidement la donne change. Il fini par être séduit par l’intelligence quasi naïve de Starling, son idéalisme de départ donne aux yeux de Lecter de l’intérêt à cette jeune enquêtrice. A tel point qu’il lui offre quasiment le coupable. La dernière phrase du film est d’ailleurs significative : « le monde est plus intéressant avec vous ». Ces multiples entretiens et la violence de cette première enquête font naître un profond respect réciproque entre ces deux personnages : il n’y a plus qu’une mince frontière avec la complicité…

Cette complicité est  beaucoup plus évidente dans Hannibal (Ridley Scott, 2001). Dans cet opus il est donné d’apprécier le côté raffiné et l’intelligence de Lecter. Et c’est le hasard et la cupidité d’un inspecteur qui le pousse à sortir de son inactivité de tueur. Clarisse (incarnée  cette fois-ci par Julianne Moore), obsédée par ce tueur qui lui a laissé la vie, se précipite pour tenter de l’arrêter avant qu’il soit tué (pourrait-on dire voler à son secours ?). Hannibal, aux prises avec l’une des ses victimes qu’il a eu le malheur (…) de laisser en vie, se trouve sauvé par l’agent censée le mettre à l’ombre. Mais il lui rend la pareille en mettant fin aux manipulations grossières du supérieur de celle-ci : une forme d’échange de bons procédés en quelque sorte… Mais la fin de cette opus laisse à présager que leur relation est plus complexe (pour le moins). En effet Hannibal, face à un dilemme que l’on pense simple pour le personnage, choisit de se mutiler lui-même plutôt que Clarisse. Qu’en déduire ? Qu’Hannibal pense réellement ce qu’il dit dans le Silence : le monde est plus intéressant avec Clarisse. Mais au-delà, il manifeste dès lors une volonté de la protéger

Que dire des épisodes suivants qui précèdent chronologiquement le Silence des Agneaux ? Dans Dragon rouge (d’après le roman de Thomas Harris qu’adaptait déjà Manhunter – NDLR), l’intelligence du personnage mais également son côté machiavélique sont mis en avant. Rien de bon ne transpire du personnage en dehors de son intelligence et de sa culture. Dans Hannibal Lecter : les Origines du Mal (controversé mais néanmoins pas si mauvais), l’enfance du personnage est mise en avant ce qui permet d’appréhender le pourquoi de sa folie et de ses exactions.

Au regard de ces quatre opus, Hannibal Lecter a capitalisé un mépris de l’humanité, il joue avec ses congénères comme le chat joue avec la souris. Il a même une certaine forme de « morale », les victimes qu’on le voit torturer ne sont pas d’innocentes oies blanches mais des personnes à la moralité douteuses d’après lui (entre nous, manger le foie de son percepteur 😉). Il y a donc une certaine logique dans son action. Mais l’apparition de Clarisse Starling change la donne : il se prend à admirer une personne dont le travail consiste précisément à l’arrêter. Son comportement en est donc modifié mais pour une seule personne…

Hannibal et Clarisse, une relation complexe de fascination / répulsion

D’un point de vue technique

Revenons au sujet qui nous préoccupe : quel est son alignement ? Le fait qu’il soit mauvais est une évidence. Même s’il trouve quelque prétexte fallacieux à ses actes, il en tire un plaisir certain. Par contre son intelligence, sa méthode mais aussi le choix de ses victimes rendent sa détermination chaotique impossible. Comme il ne peut pas être rangé au rang des loyaux, il peut être classé dans les neutres. Hannibal Lecter est donc neutre mauvais.

Est il jouable en tant que PJ ? Ce serai compliqué dans la mesure où c’est tout d’abord un solitaire. Par ailleurs, en tant que meneur de jeu, avoir un personnage qui a tout moment peut s’en prendre aux autres est un terrain glissant. Enfin pour le joueur… bon courage et bonne chance !!!

Conclusion

Hannibal Lecter est neutre mauvais mais avec un historique somme toute intéressant et qui, à l’instar des grands méchants qui ont marqué l’histoire du cinéma, explique et justifie son comportement sans pour autant l’excuser bien sûr.

Prochain épisode : le Joker de The Dark Knight

 

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