The Endless : un bijou lovecraftien

Aujourd’hui je consacre mon article à une petite perle cinématographique sortie à l’international en avril 2018. Je parle du film indépendant The Endless, coécrit et coréalisé par Justin Benson et Aaron Moorhead, incarnant aussi les deux rôles principaux. Se déroulant dans le même univers et avec des personnages en commun que leur premier film Resolution (sans pour autant nécessiter une visualisation de cette autre œuvre), The Endless est un film de science fiction et d’horreur apparaissant comme un ovni dans le paysage du cinéma d’horreur actuel.

endless 02En effet, pas d’images perturbantes d’ici, de morts sanglantes, de moment de suspense insoutenables, de monstre peu ragoûtant ou de meurtrier en tout genre. La seule menace du film est invisible, cachée et n’a pas de forme précise dans ses 5 minutes d’apparition. Les scènes de violence, ainsi que les morts violentes, se font ainsi hors champs ou de loin et généralement sans un cri. On a le droit à deux giclées de sang, sans cependant en voir la provenance et le seul cri de terreur du film perd rapidement tout son impact.

Et c’est là où j’en arrive à mon titre accrocheur, qui n’avait pas que pour but de vous faire cliquer sur l’article. Amateur de l’œuvre de Lovecraft, vous allez trouver votre bonheur dans ce film. Si vous aimez la terreur que vous procure la lecture d’une nouvelle de cet écrivain tourmenté et que votre imagination vous fait voir à travers le texte, je vous enjoins à visionner cette œuvre. Ce film saura vous tenir en haleine et vous faire frissonner.

Ce film n’est cependant pas 100% lovecraftien et c’est pour le mieux, l’auteur ayant en effet réussit à s’approprier l’ambiance et à en faire quelque chose de personnel. On observe ainsi une relation fraternelle compliquée, qui évolue tout au long du film et qui est d’ailleurs assez intéressante, ainsi que diverses facettes de l’homme qu’on ne voit que rarement dans l’œuvre de Lovecraft, même si la plus présente reste la souffrance d’un désespoir complet et l’acceptation d’un sort inéluctable.

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Les deux rôles incarnés par les auteurs/réalisateurs/un peu tout en fait

Et de la même manière que Lovecraft avec ses personnages et ses lecteurs, le film nous donne quelques éléments sortant de l’ordinaire pour nous appâter et nous donner envie d’en savoir plus, avant de nous faire prendre conscience plus le film avance que nous ne voulons pas savoir et que l’ignorance est le plus grand des bienfaits : le savoir n’entraîne que la peur de l’inconnu.

On suit l’histoire de deux frères, Justin et Aaron, qui se sont enfuis d’une secte de chasseurs d’ovnis suicidaires et qui, suite à la réception d’une cassette vidéo contenant un message d’une des personnes du culte, décident d’y retourner, le plus jeune réussissant à convaincre son grand frère d’y aller. Cependant, une fois arrivés, les deux larrons commencent à remarquer une accumulation de phénomènes étranges.

Ce film réussit le challenge de nous faire ressentir la peur de l’inconnu et du caché dans un format où les principales informations transmises sont visuelles et en le faisant de plus majoritairement de jour. En effet, comment transmettre la peur de ce qu’on ne peut pas voir quand le principe même du format choisi se base sur la vision et l’image. Eh bien les deux responsables de cette œuvre ont décidé de nous faire sentir cette peur de l’invisible à travers des images. Ainsi tout au long du film; cassettes vidéos, films, photos et autres nous apportent à nous spectateur, mais aussi aux protagonistes, de nombreuses informations et bien évidemment de nombreux questionnements. Le jeu des acteurs participe pas mal aussi à nous faire ressentir cette terreur de l’invisible.

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Un message sur vieille cassette qui déclenche tout

Pour ce qui est de la qualité du film, en dehors de son scénario, les acteurs jouent vraiment bien et nous font bien passer leurs émotions et leurs ressentis face à leur situation et à ses évolutions. Les visuels sont beaux et en accord avec l’aspect un peu poussiéreux du film, aspect créé surtout par des filtres très pâles, un peu sable, qui rendent l’image et les couleurs moins chaudes tout en donnant une impression de chaleur presque écrasante, renforcée par une lumière très blanche mais pas aveuglante. Visuellement c’est beau et ça participe pour beaucoup à l’ambiance.

Autre partie importante de l’ambiance, la musique. Ici la musique reste assez lente et a par moment des sonorités tribales et cultistes, même si la moitié des sons qui la composent font penser à des parasites de VHS. Je pense que c’est voulu étant donné l’importance accordée aux vidéos et aux photos dans ce film. Petit point important, une musique revient souvent : The rising sun. Cette musique va revenir comme un refrain lancinant tout au long du film et cause un malaise certain à force. La musique accompagne très bien l’ambiance en apportant une touche d’oppression et de mystère presque constante. Bien que simpliste et n’étant pas particulièrement la BO de l’année, elle remplit largement son rôle.

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Un aspect très poussiéreux et fade

En résumé, The Endless c’est de bons acteurs, une bonne réalisation, une musique tout à fait correcte, une super ambiance et un scénario bien ficelé. Amateur de Lovecraft ou simple amateur de frissons, je vous recommande ce film qui a su, là où tous les autres ont échoué, me faire frémir l’échine.

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