Les chroniques de Papy Nico : Tails of Equestria- le jeu de rôles Mon Petit Poney

J’aurai pu intituler cet article « histoire d’un père prêt à toutes les compromissions pour faire jouer ses filles au jdr ».

Parce que dans mes référentiels d’un homme, père de famille de plus de 40 ans, si mes filles de moins de 10 ans se mettent au jdr, c’est pour jouer à des trucs girly. Le nain et le barbare qui explorent les donjons, c’est pour les garçons, c’est bien connu.

Cela vous situe le niveau de mépris, de clichés et d’incrédulité que j’éprouve quand je découvre en février 2018, au festival des Jeux de Cannes, que Black Book (Pathfinder, Shadawrun, D&D 5) va traduire et éditer en VF le jeu de rôles Tails of Equestria .

Le temps passe, je lis la chronique du jeu VO dans Casus Belli par Romain d’Huissier, un auteur que j’apprécie particulièrement et cela provoque ma curiosité. Dans la même période, mes deux filles, 6 et 8 ans, magie de Netflix oblige, regardent les 6 saisons disponibles sur la plateforme. Bon an mal an, je suis bien obligé de me rendre compte que cette série est plutôt bien foutue avec différents degrés de lecture, du second degré , des références à la pop culture, et  une progression de l’histoire, des personnages au fur et à mesure des saisons. Mais avec mon petit Poney, je pars de loin, puisque des souvenirs subsistaient de la calamiteuse série des années 80, préhistoire de l’animation, quand les dessins animés n’étaient encore que 20 minutes de réclames pour une ligne de jouet sans aucun souci de cohérences ou de storytelling.

Bref, je craque et je propose aux ludipotes de Sortilèges de leur animer une session jdr Tails Of Equestria en octobre dernier dans la cadre de mon rendez-vous très apériodique Café jeux de rôles.  La rencontre est un succès, puisque je me retrouve avec 6 enfants de 6 à 14 ans, 4 filles et deux garçons, autour de la table qui n’avait jamais joué au jdr. J’ai dû même refuser deux rôlistes plus âgés qui voulaient découvrir le jeu. Et le résultat fut plutôt sympathique.

Retour donc, sur Mon Petit Poney RPG !

Plongeon dans un univers dont j’ignore tout

Si vous ne n’avez qu’une vague idée de l’univers Mon Petit Poney, si vos souvenirs remontent aux années 80, sachez que le jdr se base sur la série animée « My little pony : friendship is magic » (8 saisons, encore en cours, 6 sont disponibles sur Netflix, et un film), un reboot commencé en2010 sous l’égide d’Hasbro (le géant du jouet qui possède la licence) mais surtout de Lauren Faust , une vraie showruneuse dans le sens américain du terme. Après avoir travaillé au story board sur des séries innovantes comme les Super Nanas  ou Foster (cartoon Network), elle obtient avec Friendship  is Magic sa première série.

cosplay version bof

La série agrandit son univers avec plusieurs films TV, ayant pour thème, la plupart, Equestria Girls. Les personnages deviennent des humains dans une sorte d’univers parallèle. J’avoue que je n’ai pas trop suivi, c’est dispensable.

Cette série a connu un succès incroyable auprès des enfants, mais pas que. Les fans de tout âge et de tout sexe se sont emparés du phénomène. Le simple cadre de la série animée a explosé. Le web regorge de fan-arts, fans fictions et autres créations. Le site US Equestria Daily est l’épicentre de la communauté « bronies » (une contraction de brother ponies), c’est-à-dire les fans masculins (mais pas que) de l’univers, qui sont plutôt âgés de 20/25 ans. Ce site regroupe des millions de pages vues ! En plus des fans fictions, des fans arts en tout genre, les aficionados nomment, dotent d’un background tous les poneys qui apparaissent ne serait-ce parfois que quelques secondes à l’image. La production a bien intégré le phénomène communautaire car certains poneys d’arrière-plan, plébiscités par les fans sont devenus des personnages secondaires. Cela m’a fait penser à ce que les fans de Star Wars pouvaient faire pour imaginer des choses autour des Extraterrestres qui apparaissent brièvement dans les scènes de Cantina, du palais de Jabba, le tout décuplé par la puissance du web.

Cosplay version réussi mais Equestria Girls

Bon, je parle de ça pour faire mon sachant et vous éclairer de ma toute connaissance wikipédia. Mais c’est quand même intéressant de savoir tout cela, car la création d’un jdr Tails of Equestria devient  alors cohérente.

Aux manettes, pour la VO, on retrouve River Horse Games  un studio de développement de jeux dirigé par le vétéran de l’industrie ludique  Alessio  Cavatore plus connu pour ces règles de jeux de figurines, de Warhammer à Bolt Action.

 

Un jdr, un vrai !

Nous avons affaire ici à un jeu de rôles classique avec des règles simples et solides, un meneur de Jeu et des PJs, ici les poney-joueurs.

Chaque  poney est défini par son type : Terrestre (plutôt courageux et robuste), Pégase (peut voler), Licorne (maîtrise la magie) et 3 caractéristiques : Corps, Esprit et Charme. Chacune est exprimée en une valeur de Dé (de D4 à D20 – les joueurs commençant avec des D6/ D8). On ajoute à cela une valeur de robustesse (la fatigue/les blessures  que le poney peut subir), des talents (eux aussi exprimés en valeur de Dé) et des défauts qui sont plus des éléments d’ambiance que des contraintes de règles.

Quelques images du livre – Image VO, mais le titre est bien traduit et disponible en VF

Les joueurs doivent en plus déterminé leur marque de beauté, le symbole que porte chaque poney sur le flanc. C’est à la fois un symbole de sa personnalité, de ses aspirations. Cela n’a aucun impact en termes de règle mais c’est essentiel dans le contexte du jeu. Dans la série, les noms des personnages sont souvent en rapport avec cette marque.

Les tests de caractéristiques sont de deux types :

  • Les épreuves où on teste une des 3 caractéristiques par rapport à une difficulté,
  • les défis où on s’oppose au jet de dés d’un adversaire.

Les talents, s’ils sont appropriés, permettent d’ajouter des dés, des relances. A l’issue de chaque scénario joué, es personnages montent en niveau. Tous les poneys progressent au même rythme assez facilement. A partir du niveau 10, les poney-joueurs sont considérés comme légendaires (du niveau des héros de la série) et ils ne partiront à l’aventure que pour des quêtes épiques.

La mécanique de jeu  la plus importante est celle des symboles d’amitié. Chaque poney commence la partie avec autant de symboles qu’il y a de joueurs autour de la table. Durant l’aventure, ces symboles permettront de relancer un dé, de réduire une difficulté, voire de réussir automatiquement une épreuve. Inévitablement, certains poneys dépenseront plus vite leurs symboles que d’autres et seront à court à des moments cruciaux. Les autres joueurs pourront alors leur donner des symboles d’amitié pour les aider. Si cela peut sembler évident pour des joueurs expérimentés, donner quelque chose à un partenaire de jeu, pour le bien commun, représente beaucoup pour de jeunes enfants. Cette règle a su saisir l’essence même de la série animée. Les héros de la série (Twilight Sparkle, Pinkie pie, Applelack etc…) inventent même la magie de l’amitié au cours de leurs aventures.

La carte du monde d’Equestria

Les contes d’Equestria*

Le livre est abondamment illustré d’images de la série. La mise en page aérée, colorée, permettra une prise en main facile pour des nouveaux meneurs de jeux.

Ceux qui découvrent l’univers d’Equestria et qui n’ont pas forcément le temps de regarder toute la série, seront un peu déçus  car il n’y a pas de description de l’univers. C’est vraiment le point faible de ce livre. Mais je me dis que je ne suis pas la cible type. Des jeunes néo-rôlistes /ludistes  (oui, j’aime les néologismes) de 15 ans, bercés depuis l’âge de 7/8 ans par les aventures de la bande de Twilight Sparkle ne seront pas gênés et surtout n’ont pas les mêmes attentes qu’un vieux râliste à tendance encyclopédiste.

L’ouvrage se termine par quelques pages de conseils pour joueurs et meneurs débutants, les caractéristiques des principaux personnages de la série et surtout  un scénario typique avec les héros de la série en arrière-plan, pour que les fans de l’anime puissent rentrer en douceur dans ce nouveau loisir.

Black Book a annoncé la suite en VF récemment:

  • La Malédiction des Statuettes est une boite qui contiendra un scénario, un écran pour le meneur, des dés et des fiches par type de poney,
  • le bestiaire décriera les créatures de la série,
  • une boite de gemmes « symboles d’amitié »,
  • des petites boites métal de accompagnées d’une mini-aventure par type de poney.

En VO, la production est déjà pléthorique avec pas mal de scénarios : Judge Not by the Cover, the Festival of Lights, et The Haunting of Equestria. On ajoute à cela un sourcebook du film, un starter set  et cela forme une gamme nombreuse et cohérente.

Je ne peux m’empêcher vous donner le lien du site « noir papillon », un fan site français avec 4 scénarios en ligne, maquettés selon les standards de la série et des aides de jeu, du chouette travail.

Un set de dés parmi les 3, avec une mini-aventure

Le premier scénario à paraître- une sorte de kit du MJ.

Par chez moi :

Après la partie test à la maison, la partie découverte à Sortilèges, j’ai comme la pression de la part de mes filles pour continuer à jouer, ce que je n’ai pas pris le temps de faire (la honte). Il faut dire que jouer avec des enfants, c’est sympa mais demande quelques ajustements :

  • Les parties doivent être courtes : ne pas excéder pas 1h-1h30 de partie pour maintenir l’attention.
  • Il faut donc travailler sur le rythme de la partie, les enchaînements de situations drôles, périlleuses…
  • Pour une meilleure appropriation des fiches de personnages et éviter qu’on ne vous demande toute le temps « je lance quoi comme dés ? » posez les bons dés (D4/D8…) sur les emplacements de la fiche, plutôt que de noter un abscond D6/D8.
  • l’utilisation de petites figurines plastiques, d’images des personnages de votre histoire permettra à vos jeunes joueurs de fixer leur attention. On trouve sur des sites chinois des lots de petites figurines My Little Pony a vraiment pas cher (évitez d’aller les chercher en magasin de jouet) qu’un papa modéliste peut aisément repeindre aux couleurs du poney-joueur créé par les jeunes joueurs (Hop, encore un truc dans la file de peinture)
  • Si vos enfants sont fans de la série, vous n’aurez aucun mal à leur faire comprendre la quintessence des thématiques de la série : amitié et collaboration- mais s’ils sont fans, évitez aussi de reproduire des scénarios du dessin animé, vous allez vous faire débusquer par plus expert que vous.
  • En plus du jdr, vous pouvez faire un atelier dessin pour représenter les Poneys-Joueurs. Il est facile de trouver sur le web des gabarits de poneys à colorier.

Des figurines en import à repeindre dans des couleurs chatoyantes!

des fiches de poney -joueurs après un atelier coloriage

Pour découvrir en douceur et en famille les possibilités infinies du jeu de rôle, Tails of Equestria est une réussite et permet de jouer facilement dans un univers qui parlera à nos jeunes générations (plus qu’un monde fantasy même simplifié qui conserve ses référentiels crypto-rôlistes). Il peut aussi être utilisé comme outil de transmission pour désacraliser le rôle du MJ. Après tout, animer une partie n’est pas si compliqué et chacun peut avoir envie de le faire pour ses amis.

Car le jdr, au final, c’est un peu la magie de l’amitié 🙂

 

*Le titre original « Tails of equestria », littéralement les queues d’équestria, est un jeu de mot avec le terme Tales – les contes, plus en rapport avec la culture de l’imaginaire.

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