Le Cyberpunk est mort 

/!\Attention/!\ : cet article commencera par un pavé sur le courant de science-fiction cyberpunk et finira par la critique de la série Altered Carbon.

Haa le cyberpunk, un genre que j’adore. Pour les moins connaisseurs du genre je vais faire un résumé tout d’abord de ce qu’est le cyberpunk. Tout d’abord le cyberpunk est un aspect du futur, autrement dit ce que vous pouvez retrouver dans certaines œuvre de science-fiction. Ce style de futur est, comme son nom le laisse présumer, assez peu réjouissant ( au premier abord mais j’y reviendrais) et bien souvent dystopique (si tu sais pas ce que ça veut dire, tape le sur Google).

cité cyberpunk

Pour faire un « court » résumé, si tant est que ce soit possible, voici ce que l’on peut en dire : la Terre (ou le lieu de la fiction) est surpeuplée, l’humanité vit telle une masse grouillante d’insectes dans des immeubles aux logements étroits et sombres, les rues sont bondées et au dessus de vos têtes, dans un ciel qui ne connaît jamais le soleil, brillent des hologrammes vantant tel produit ou tel moyen d’assouvir vos bas instincts, qui désormais sont vos seuls moyens de trouver du goût à la vie. Entre drogue / prostitution / meurtre / tout truc du futur pas très cool, vous avancez en rêvant à une vie meilleure comme celles que vous voyez sur les panneaux de pub. Ces pubs, tout comme votre appartement / vêtements / nourriture / tout ce que vos possédez, vous y compris, appartiennent à un faible nombre d’entreprises qui possèdent tout ce qui se fait sur terre, et de fait contrôlent ainsi la population et l’état / police / gouvernement ne peut presque rien contre ces conglomérats qu’on appelle dans le jargon MegaCorps (retenez le, ça me facilitera la vie pour la suite).

cité cyberpunk 2

Pour résumer le résumé : vous n’êtes rien, vous êtes pauvre et vous vous faites exploiter par les MegaCorps et pour oublier, vous vous relâchez dans vos besoins animaux. Tout cela contribue à installer une ambiance de chaos, d’écrasement et d’angoisse constante. Vous ne pouvez pas y échapper, vous ne pouvez pas gagner et même si vous luttez, c’est vain. De plus, changer le système n’est pas votre but, votre seul but est de survivre.

Une exécution dont nul ne saura rien

On pourrait dire que ce style n’est qu’une énième manière de présenter le futur pour donner un cadre à des aventures (style Star Wars / Trek / Gate et consorts) mais le cyberpunk est bien plus que cela. C’est un style conçu pour faire carburer le cerveau, non pas sur des thématiques forcément modernes mais surtout sur notre avenir avec des paramètres logiques et inévitables. En effet le cyberpunk n’est pas abstrait : combien de temps encore avant que nous atteignons grâce à la science les 10 milliards d’humains sur Terre ? Combien de temps encore avant que de grandes compagnies fassent des découvertes scientifiques d’une telle importance que le monopole leur donnera tous les pouvoirs ? Combien de temps avant que l’homme et la machine ne se rapprochent ? Une découverte scientifique de taille pourrait être faite demain et bouleverserait ainsi l’ordre mondial. On assiste déjà à notre époque à la naissance des futurs MégaCorps contrôlant tout leur secteur voir même plusieurs : Google, Disney, Coca-Cola… La vision cyberpunk pourrait bien être le monde dans lequel nous vivrons dans 10-20 ans.

J’en reviens à ce pourquoi j’écris cet article. Certains auteurs disent depuis les années 90 que le cyberpunk est mort et a perdu son aspect punk. De nos jours et avec mes références, j’aurais tendance à dire oui, c’est vrai. Les grandes œuvres tel que Ghost in the Shell et Blade Runner devaient nous apporter des suites renouvelant le genre mais non. On s’est retrouvé avec un étron fumant ( et non je ne suis pas subjectif, regardez l’animé ) pour le premier ( tu l’es carrément mon gars, ce film est loin d’être mauvais – NDLR ) et un bon film pour le second mais avec une ambiance très épurée et très lumineuse, donnant un aspect de futur aseptisé. Du coté des livres, aucunes œuvre marquante n’est venue ces dernières années et pour ce qui est de la musique, ce n’est pas un genre qui crée des chefs d’œuvres. Donc une forte déception et une absence d’œuvres respectant vraiment l’univers et surtout l’ambiance. Seul le jeu vidéo a su tirer son épingle du jeu et encore avec plus ou moins de brio (je conseille néanmoins Transistor qui est une pure merveille mais j’en reparlerais peut-être).

Affiche d’Altered Carbon

Et soudain, sortie de nulle part, la série Altered Carbon débarque sur Netflix (oui c’était le but de cet article depuis le début). Un rebelle du nom de Takeshi Kovacs se fait arrêter et son esprit est mis sous scellé. Il se réveille 250 ans plus tard dans un nouveaux corps, dans une société qui n’a quasiment pas évolué à cause de l’immortalité de l’homme. C’est un riche immortel qui le fait revenir afin de résoudre son propre meurtre.

Je n’en dirais pas plus sur l’intrigue, regardez la série. Mais tous les éléments sont là : une ville immense dans une obscurité constante et peuplée par une abondance d’êtres humains, une classe sociale immortelle bien au-delà du commun des (semi)mortels (les Maths) vivants par delà les nuages, une police débordée et impuissante, de la technologie à outrance et à des fins plus ou moins morale. En clair, tout y est. Mais une bonne série ne se fait pas juste avec l’ambiance et le style, alors qu’en est il du reste ?

Takeshi Kovacs

Du point de vue des acteurs rien à redire ils sont très bons ( mention spéciale pour l’interprète de la grand-mère). Le scénario présente une intrigue bien fournie et surtout bien agencée, de telle sorte que l’on ne se doute de rien ou presque avant une certaine révélation vers l’épisode 7 où tout s’éclaircit. La série aborde aussi plusieurs questions importantes, même si dans la majorité elles sont assez peu pertinentes à notre époque (principe du cyberpunk – voir plus haut), avec par exemple la lutte pour ou contre l’immortalité. Les visuels sont comme vous vous en doutez à couper le souffle et la série présente des lieux assez variés pour ne pas devenir redondant (piège dans lequel était tombé le remake de Total Recall, qui par bien des aspects appartient au cyberpunk sans être une bonne œuvre). Quand aux scènes d’actions, assez présentes je dois l’admettre, elles nous offrent des combats nerveux et puissants sans être trop brouillonnes pour conserver leur lisibilité.

Ainsi Altered Carbon est une série de grande qualité de par sa réalisation et son intrigue, ainsi que son jeu d’acteur et ses décors. C’est donc un petit bijou même pour qui n’aime pas le cyberpunk. Maintenant ajoutez à cela la présence tous les codes du genre et vous aurez de quoi ravir tous les amateurs de ce style,  qui avait tendance à dépérir comme évoqué précédemment. En définitive, et je vais m’arrêter là, Altered Carbon et son accueil par les profanes laisse présager le meilleur pour le futur du cyberpunk, telle une pluie fraîche sur un terrain desséché. Le Cyberpunk était bel et bien mort, mais il vient de renaître.

Si vous voulez en savoir plus sur le cyberpunk, je vous conseille cette vidéo et cette chaîne Youtube par la même occasion.

10 réflexions au sujet de « Le Cyberpunk est mort  »

  1. Je suis vraiment d’accord avec le point de vue de cet article! La série a tous les codes et ça fait grave plaisir!! Et en effet, moi aussi, je kiffe la grand mère^^

    • Son accent est tellement décalé que c’est parfait
      Et ça fait d’autant plus plaisir que l’on n’a pas eu une œuvre de ce genre et de cette qualité depuis 15 ans

      • Takeshy est très froid de base, le riche est blasé, l’ia est une ia.
        Seul la policière a des sentiments qu’elle exprime.
        Donc les acteurs peuvent paraître mauvais alors que leur personnage est juste impassible.
        Et puis je ne sais pas en quelle langue tu regarde mais le doublage français est pas super.

  2. Alors j’ai commencé la série il y a peu donc je ne suis pas encore à l’épisode 7. Du coup même si la série est bonne, elle est truffée d’intrigues/sous-intrigues. De choses qui font partie du savoir commun donc non expliquées qui laisse un peu sur sa faim (toujours pas compris exactement ce qu’est un Diplo 🙂 ).
    J’avoue aussi le coup du milliardaire (le mot est faible) qui engage Takeshi est assez facile pour donner plein de possibilités à celui-ci en terme d’accès à des ressources inhabituelles.
    C’est frustrant aussi de voir qu’en 250 ans la société/techno n’a pas beaucoup évolué, le perso principal n’est donc pas vraiment en décalage par rapport à ça.

    Mais j’aime assez cette série, avec le culte de la personne, de l’apparence dans une société où tout est interchangeable/modifiable/monnayable

    • Une partie se dévoile à l’épisode 7 mais on gagne des indices tout au long de la série (tu dois déjà savoir que les diplo sont des rebelles ayant été exterminés par le protectorat ainsi que plein de petits autres détails sur leur vie).
      Pour la faible avancé technologique c’est là un des pivots de la série du point de la réflexion : si l’homme est immortel cessera-t-il d’évoluer et d’aller de l’avant?

  3. J’avais lu les livres dont je n’étais pas surprise, quand j’ai vu l’arrivée de cette série, je l’attendais au tournant. Et je n’ai qu’un mot : super.

    J’ai adoré, j’avais beaucoup aimé les livres et je me suis régalé avec la série.

    • Merci pour ton commentaire.

      Pour ma part, je ne connaissais pas les livres avant de découvrir la série grâce à Wandrille (l’auteur de cette chronique) ; j’ai été séduis par cette adaptation et j’ai hâte de lire le matériau de base… Enfin quand j’aurais un peu de temps devant moi.

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