Le jeu vidéo documentaire – Never Alone Kisima Inŋitchuŋa

Note : Cet article ne révèle aucun élément de l’intrigue du jeu Never Alone.


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Never Alone, aussi nommé Kisima Inŋitchuŋa, est un produit assez particulier. Il s’agit d’un jeu vidéo développé par un studio créé pour l’occasion, Upper One Games, sorti en 2014. Pour vous donner une idée, il m’a fallu environ trois heures pour venir à bout de l’expérience. Le jeu se présente à première vue comme un simple plateformer « indépendant » avec toutes les connotations péjoratives que cela implique : un gameplay et un level design particulièrement pauvre dans la même veine qu’un Limbo par exemple. L’originalité du titre tient dans le fait que ce n’est pas son expérience ludique que Never Alone privilégie.

 

Never Alone Capture 1

 

De nombreux jeux vidéo nous instruisent sur l’Histoire, sur des mythes ou des cultures. Cela est souvent transmis par l’environnement du jeu – nombreux sont ceux qui en ont appris plus sur la mythologie grecque à l’aide des jeux God of War – mais aussi par d’importantes bases de données disponibles pour le joueur. A l’instar d’un Assassin’s Creed pour citer une des séries les plus connues, nombre de jeux proposent à ceux qui le souhaitent des informations supplémentaires permettant au joueur curieux de se cultiver.

Le problème de cette démarche est que nous sommes dans ces cas en présence d’un jeu vidéo, ce qui implique une dimension ludique du moins une certaine interaction. Peu sont ceux qui veulent perdre des heures dans des menus immobiles alors qu’ils se sont mentalement préparés à dézinguer du templier. Le même souci se pose d’ailleurs avec la multiplication des journaux de bords censés nous conter une histoire mais qui suppose que le joueur accepte de mettre en pause son expérience ludique afin de lire, patiemment, deux pages de texte. Cela a été contourné depuis par des journaux audio qui permettent de continuer de jouer durant ces informations mais cela est un autre sujet. Comment donner envie aux gens de prolonger la documentation alors que le cœur du jeu est son système de jeu ? Never Alone a contourné le problème : le cœur du jeu n’est plus son gameplay mais bien sa documentation.

 

Never Alone Capture 2

 

Le jeu se décompose en petites énigmes extrêmement simples ainsi que des passages classiques de jeu de plateforme qui le sont tout autant. La particularité du titre est justement qu’il est entièrement bâti sur sa base documentaire. La volonté derrière ce jeu est de partager et faire découvrir la culture du peuple Iñupiat et de ses traditions en Alaska. Le jeu propose plus d’une vingtaine de documentaires de moins de 5 minutes ce qui nous donne environ une heure et demi de vidéo.

L’objectif de Cook Inlet Tribal Council et de Upper One Games, studio créé pour ce jeu, est de populariser le patrimoine Iñupiat. La construction même du jeu est pensée pour amener le joueur à regarder les documentaires consacrés, la partie « jeu » n’est au final qu’un prétexte pour sensibiliser une cible précise. A l’inverse d’un jeu classique construit d’un angle ludique sur lequel sont rattachés des bases de données déconnectées de l’expérience, le renversement effectué ici incite plus efficacement à visionner les vidéos. On se retrouve finalement dans une situation étrange où l’on souhaite avancer pour débloquer de nouveaux sujets. Le pari de CITC et des développeurs est ici réussi.

 

Never Alone Capture 3

 

Never Alone, Kisima Inŋitchuŋa, est finalement une expérience satisfaisante malgré le fait que sa partie ludique soit extrêmement pauvre. L’objectif des développeurs est accompli et a permis d’ouvrir une petite fenêtre sur le monde, qui m’était jusqu’alors inconnu, du peuple Iñupiat. Il s’agit finalement plus d’un documentaire vidéo ponctué de phases interactives que d’un réel jeu vidéo. La spécificité du médium n’est ici utilisée que pour attirer et maintenir l’attention du joueur, ce qui n’en fait donc pas un bon jeu vidéo, mais qui remplit parfaitement l’objectif fixé.

 

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© Images tirées du jeu Never Alone

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