Photographies d’époque – Boyhood

Note : Cet article ne révèle aucun élément de l’intrigue du film Boyhood.


Boyhood

 

Boyhood est un film réalisé par Richard Linklater et sorti en 2014. Le film suit l’histoire de Mason de ses 6 à ses 17 ans. En effet le tournage du film s’est étale de 2002 à 2013. Ce jeu avec la durée de production a déjà été exploité par ce réalisateur avec les films Before SunriseBefore Sunstet puis Before Midnight sortis respectivement en 1995, 2004 et 2013 suivant l’évolution des mêmes personnages à dix ans d’intervalle. Je n’ai malheureusement pas encore eu la chance de voir ces films donc je ne m’attarderai pas dessus aujourd’hui. Ce concept me rappelle aussi le personnage d’Antoine Doinel des films de François Truffaut.

 

Mason jouant à la Gameboy

 

Mon objectivité sur ce film est déjà mise à mal par ce concept initial. J’aime beaucoup l’idée de profiter du temps réel de production pour les besoins de la fiction. Depuis tout petit je me suis très souvent dis « ça serait chouette si la production d’un film s’étalait sur dix-vingts ans histoire d’avoir de « vrais » flashbacks avec les mêmes acteurs. » mais concrétiser me paraissait financièrement impossible ou trop risqué. Quelle surprise de voir débarquer Boyhood qui repose justement sur cette idée. J’aimais déjà ce film sans l’avoir vu.

Le film suit donc la jeunesse de Mason -– et indirectement son acteur Ellar Coltrane – ainsi que le reste de sa famille. Le film est ce que je qualifierai de « films tranche de vie ». Je suis particulièrement sensible à ce type de cinéma car il permet de se rapprocher un maximum des personnages et les rend d’autant plus vivants. Nous sommes ici très loin de l’idée que chaque dialogue doit avoir une importance scénaristique. Chaque dialogue est important oui, car il nous permet de découvrir ces personnes, mais pas forcément pour l’intrigue globale sur laquelle je reviendrai plus tard. On croit à ces personnages : Mason Jr, par les yeux duquel on va suivre l’histoire, Samantha la sœur interprétée par Lorelei Linklater et surtout les parents interprétés par Patricia Arquette et Ethan Hawke. Tous sont parfaits dans leurs rôles, ce qui n’était pas forcément aisé pour les enfants qui doivent tenir un rôle convaincant sur une douzaine d’années.

Attardons-nous directement aux deux qualités majeures de ce film : son statut de reflet d’une époque ainsi que son choix de point de vu.

 

Boyhood 2

 

Du fait de sa production très particulière, Boyhood a une image qui l’est tout autant. Notons au passage que, malgré l’évolution technologique importantes dans l’industrie du cinéma depuis le début des années 2000. Le film est visuellement cohérent tout du long sans paraître daté une seule seconde. Un film classique a deux options : soit il s’inscrit dans son époque, soit il essaie de retranscrire une époque passée avec tous les biais que cela implique. En cette période nostalgique et de member berries, cette retranscription est rarement parfaitement fidèle. Du fait même de cette reconstruction, il s’agit forcément d’une époque un minimum fantasmée. Pour Boyhood, le contemporain est représente aussi une époque passée qui évolue au cours du film. On se croirait replongé au début des années 2000 avec la mise en avant par le réalisateur des petits détails du moment : la sortie d’un nouveau Harry Potter ou encore une discussion sur le prochain Star Wars côté culture populaire, mais surtout cette ambiance, ces petits détails qu’on ne remarque pas vraiment mais qui nous font comprendre que, oui, nous sommes en telle ou telle année. Je pense sincèrement que si il me fallait montrer à quoi ressemblaient les années 2000 à une jeune personne dans plusieurs décennies, c’est ce film qui me viendra directement à l’esprit. Rien que pour cela se film est un vrai plaisir à regarder.

Mais plus que sa forme, il est particulièrement efficace dans les thèmes parfois difficiles qu’il peut aborder.

 

Boyhood 3

 

Le film conserve le point de vu du jeune Mason sur ses 2h30. On découvre des situations avec l’œil de ce personnage mais l’histoire ne se contente pas d’aborder des thèmes relatifs à l’enfant qu’il est. Au contraire, le film aborde des thèmes divers comme l’alcoolisme, la difficulté pour une jeune mère célibataire d’élever ses enfants, la guerre en Irak, la violence conjugale, la solitude et d’autres encore. La force du film est justement de garder ce point de vu enfantin. Le film insiste peu sur ces sujets comme pourraient le faire certains en criant au spectateur « Regardez ce qu’il se passe ! ». Rien de tout cela ici. Il ne s’agit que de situations qui sont souvent attrapées au cours d’une scène avant l’arrivée de l’enfant, suggéré par le comportement de tel ou tel personnage ; dans tous les cas il ne s’agira que rarement du sujet même de la scène. Cette approche indirecte renforce l’impact des thèmes abordés en les rendant d’autant plus crédibles. Je me suis ainsi étonnement encore plus attachés aux personnages adultes en regardant ce film. Le personnage de Mason est pourtant particulièrement bien écrit, notamment dans ses dernières années et pour lequel je me suis assez facilement identifié. Bref, ce film m’a souvent pris aux tripes.

Il est possible que vous n’aimiez pas ce film si vous allez au cinéma pour découvrir des histoires passionnantes. Si comme moi, vous voulez vivre une expérience et vous plonger dans une ambiance -– ce dont peut servir l’intrigue justement -– alors vous devrez apprécier l’expérience Boyhood, au moins pour son originalité.

Alors si en plus il y a Ethan Hawke comment ne pas aimer ?

 

Boyhood 3

 

© Images tirées du film Boyhood

2 réflexions au sujet de « Photographies d’époque – Boyhood »

  1. Je te conseille de regarder la trilogie Before (mon préféré étant Before Sunset) si tu aimes de cinéma de Linklater. Et pour ceux qui ne connaitraient pas, Scanner Darkly qui est l’une des meilleures adaptations de Phillip K. Dick (avec un parti-pris visuel fort et franchement approprié selon moi) et l’un des meilleurs rôles de Keanu Reeves

    PS: Ethan Hawke est un gage de qualité? Vraiment? Il faut qu’on parle d’Assaut sur le Central 13 😉

    • La trilogie Before très envie de la voir depuis un moment, juste pas encore eu l’occasion il faudra que je m’y repenche. A Scanner Darkly je me souviens ne pas avoir aimé au cinoche à l’époque mais mes goûts ont évolués depuis donc c’est à revoir.

      Ethan Hawke n’est pas un gage de qualité, je suis juste content de le voir. Il fait parti de ma liste d’acteurs que je suis content de voir à l’écran. 🙂

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